Que sont devenus les pygmées Baka exposés dans un parc animalier en Belgique en été 2002 ?
Du 2 juillet en fin août 2002, une exposition présentait la vie des Pygmées camerounais (les Baka) au domaine de Champalle, à Yvoir en Belgique. L'asbl `Oasis Nature´ à l'origine de l'initiative, y organisait des visites guidées dans la serre à papillons où un village Baka avait été reconstitué dans lequel on voyait danser et chanter les pygmées dans la cour. Liberté-freedom jette un regard rétrospectif sur cette affaire qui a suscité tant de polémique aussi bien en Europe qu'en Afrique en été 2002. Monsieur Louis Raets, administrateur de l'ONG " Oasis Nature " affirmait vouloir sensibiliser la population belge aux problèmes des Pygmées, `qui vivent aujourd'hui comme nous il y a deux mille ans´, en les faisant venir du Cameroun au nombre de huit, accompagné de leur porte-parole, afin de récolter en Belgique des fonds pour construire 14 points de captage d'eau, 4 dispensaires et 4 écoles au sud du Cameroun.
Choqués par l'exposition des pygmées dans un parc animalier, La Ligue Belgo-africaine pour le Rétablissement en Afrique des Libertés fondamentales ( Asbl LIBERAL) et le Mouvement des Nouveaux Migrants (MNM) avaient à l'époque protestés cette initiative qui posait, pour le moins, de nombreuses questions. La présence de Pygmées à Yvoir ne rappelai-t-elle pas l'Exposition tristement célèbre des Noirs au jardin zoologique de Paris au début du 19e siècle ou l'Exposition des Congolais à l'époque coloniale en Belgique? Voire celle des Masaïs du Kenya à Han-sur-Lesse? Comment ces peuples étaient-ils vus par les touristes, et plus particulièrement par les enfants? Les Baka n'étaient t-ils -ils pas considérés comme des êtres étranges ou des objets de curiosité plutôt que comme des êtres humains?
Pour les deux associations, la réponse était claire : l'exposition de ces gens dans leur intimité était une prolongation dégradante des temps coloniaux et une atteinte aux droits de l'Homme. D'où un appel à une manifestation devant le domaine de Champalle à Yvoir, avait été organisée pour la circonstance.
Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme en Belgique avait reçu à l'époque sept plaintes d'individuels et d'organisations. Tous choqués de la manière dont les Baka du Cameroun étaient exposés à la curiosité des touristes dans le domaine animalier de Champalle. Les différents recours à la voie pénale s'étaient heurté à des obstacles d'applicabilité. " Pour qu'il y ait traite des êtres humains, il faut prouver qu'il y avait eu soit manœuvres frauduleuses, soit menaces, soit violences " nous affirme un responsable du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme que nous avons rencontré le 24 septembre 2004 à Bruxelles. Jusqu'à preuve du contraire, les Baka étaient venus librement, volontairement et légalement en Belgique. Les arguments évoqués par les plaignants n'étaient pas suffisamment aiguisés en leur faveur. C'étaient donc sous la pression des ONG locales et internationales que les Baka étaient obligés de rentrer prématurément au Cameroun avant le fin de leur " exposition ".
Le Collectif pour la défense des intérêts Baka (association de fait) crée et regroupant une kyrielles d'associations et ONG a aussitôt disparu avec le départ des pygmées Baka en dépit de toutes les tentatives de recherche des solutions fiables à l'égard des pygmées.
Avec la collaboration de l'APAHC (Association pour la Promotion des Actions Humanitaires au Cameroun), qui oeuvre sur le terrain au Cameroun, l'association OASIS Nature a pu commencer les travaux : le premier village pilote pygmée, où les maisons sont en briques et les toits en tôle, est en construction, le creusement des puits et la préparation des terrains destinés aux dispensaires sont en cours, la fabrication des briques est entamée.
Selon les dires de Louis Raets, Administrateur délégué de Oasis Nature. " A la suite des agissements des détracteurs, qui veulent s'approprier le projet, le nombre des visiteurs n'a pas été important l'an dernier, et, de ce fait, la somme escomptée n'a pas pu être obtenue ; pour cette raison, nous continuerons cette opération en 2004, et nous apporterons, entre autres, les preuves que les détracteurs n'ont agi que par affairisme, en dépit de toute volonté d'aide aux peuples défavorisés ".
Roger Ze Owono, porte-parole des Baka au Cameroun joint au téléphone, affirme également sa satisfaction quant à l'évolution des travaux et déplore simplement le fait que le Collectif Baka jusqu'ici soit demeuré muet, en dépit de son activisme lors du séjour des Baka en Belgique en 2002. L'ONG Oasis Nature à ce jour se dit prête à prouver que ses détracteurs n'avaient agi que par affairisme, en dépit de toute volonté d'aide aux peuples défavorisés. En attendant le bilan de cette initiative, seule l'histoire donnera raison aux uns et aux autres.
Hugues Bertin SEUMO
Source : legabonais.com/14.03.2005
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